Réforme des retraites
Introduction
Entre la réforme de 2023, sa suspension partielle actée fin décembre 2025, et une nouvelle circulaire venue préciser son application au 1er septembre 2026, il devient difficile pour de nombreux Français de savoir exactement à quel âge ils pourront partir, et avec quel niveau de pension. La confusion est d’autant plus grande que cette suspension ne concerne ni toutes les générations, ni tous les paramètres du calcul.
Ce guide détaille ce qui change réellement en 2026 : le mécanisme de calcul de la pension, l’évolution de l’âge légal selon les générations concernées par la suspension, la durée d’assurance requise pour le taux plein, le fonctionnement de la décote et de la surcote, et les dispositifs spécifiques comme la carrière longue.
Ce qu’il faut comprendre avant tout : une suspension, pas une annulation
Le point le plus mal compris de l’actualité 2026 concerne la nature exacte du changement intervenu : la loi de financement de la Sécurité sociale, promulguée le 30 décembre 2025 et précisée par la circulaire Cnav 2026-07 du 5 mars 2026, ne supprime ni n’annule la réforme des retraites de 2023 (dite réforme “Borne”). Elle ralentit le calendrier de sa montée en charge, pour un nombre limité de générations, sans revenir sur l’objectif final du dispositif.
Ce que cela signifie concrètement :
- La cible de 64 ans d’âge légal reste pleinement d’actualité pour les générations nées à partir de 1969
- Seules les générations nées entre 1964 et 1968 bénéficient d’un ajustement, chacune gagnant l’équivalent d’un trimestre
- La formule de calcul de la pension de base elle-même reste inchangée : ce qui évolue, c’est la date d’ouverture des droits et la durée d’assurance requise pour le taux plein, pas la mécanique de calcul du montant
Le calendrier de l’âge légal, génération par génération
Avant l’ajustement de 2026
La réforme de 2023 prévoyait un relèvement progressif de l’âge légal de départ, par paliers de trois mois par génération, jusqu’à atteindre 64 ans pour les personnes nées à partir de 1968.
Ce que change la suspension partielle pour 2026-2027
| Génération | Âge légal avant l’ajustement 2026 | Âge légal après l’ajustement 2026 |
|---|---|---|
| 1964 | 63 ans | 62 ans et 9 mois |
| 1965 (janvier à mars) | 63 ans et 3 mois | ≈ 63 ans |
| 1965 (avril à décembre) | 63 ans et 3 mois | ≈ 63 ans |
| 1966 à 1968 | Paliers progressifs vers 64 ans | Chaque génération gagne l’équivalent d’un trimestre |
| 1969 et après | 64 ans | 64 ans (inchangé) |
Un exemple donné par la circulaire elle-même illustre concrètement ce gain : un assuré né le 16 mai 1964 devait initialement attendre ses 63 ans, soit mai 2027, pour atteindre l’âge légal. Avec l’ajustement, il atteint désormais l’âge légal de 62 ans et 9 mois dès le 16 février 2027, ce qui lui permet de faire liquider sa retraite dès le 1er mars 2027 — soit un gain concret de trois mois par rapport au calendrier initial de la réforme de 2023.
Une application qui ne concerne que les nouveaux départs
Point important à retenir : ces ajustements s’appliquent uniquement aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Une pension déjà liquidée avant cette date conserve intégralement les règles sous lesquelles elle a été calculée — aucune rétroactivité n’est prévue pour les retraités déjà partis.
La durée d’assurance requise pour le taux plein
Le principe général
Au-delà du seul âge légal, obtenir une pension à taux plein (sans décote) suppose également d’avoir validé un nombre suffisant de trimestres, appelé durée d’assurance. Ce nombre, qui augmente progressivement selon la génération de naissance, atteint 172 trimestres (43 ans) pour les générations les plus récentes concernées par la réforme de 2023.
L’ajustement 2026 sur la durée d’assurance
L’ajustement adopté fin 2025 réduit également, pour les générations concernées, le nombre de trimestres nécessaires :
| Génération | Durée requise avant ajustement | Durée requise après ajustement |
|---|---|---|
| 1964 | 171 trimestres | 170 trimestres |
| 1965 (janvier à mars) | 172 trimestres | 170 trimestres |
| 1965 (avril à décembre) | 172 trimestres | 171 trimestres |
Cette réduction, combinée à l’avancement de l’âge légal pour ces mêmes générations, facilite concrètement l’accès au taux plein pour les assurés nés entre 1964 et 1965, en particulier pour les dossiers où le nombre de trimestres validés se joue à peu de chose près.
Comment se calcule le montant de la pension de base ?
La formule générale
Le montant de la retraite de base du régime général dépend de trois éléments combinés :
Pension = Salaire Annuel Moyen (SAM) × Taux × (Durée d’assurance validée ÷ Durée d’assurance requise)
Le Salaire Annuel Moyen (SAM)
Le SAM correspond à la moyenne des salaires perçus au cours des 25 meilleures années de la carrière, revalorisés selon l’inflation constatée sur la période. Ce calcul sur les 25 meilleures années (et non sur l’ensemble de la carrière) permet de neutraliser en partie l’effet des années les moins favorables (temps partiel, période de chômage, début de carrière à faible rémunération).
Le taux
Le taux plein, appliqué lorsque la durée d’assurance requise est atteinte, s’élève à 50 % du salaire annuel moyen. Ce taux est réduit en cas de décote (trimestres manquants) ou majoré en cas de surcote (trimestres travaillés au-delà du taux plein).
La durée d’assurance
Ce troisième facteur correspond au rapport entre le nombre de trimestres réellement validés par l’assuré et le nombre de trimestres requis pour sa génération. Un assuré ayant validé l’intégralité des trimestres requis obtient un ratio de 1 (aucun impact réducteur sur ce facteur).
Décote et surcote : les deux ajustements qui font varier la pension
La décote : partir sans avoir tous ses trimestres
Si un assuré part à l’âge légal sans avoir validé le nombre de trimestres requis, sa pension subit une décote, calculée à raison de 1,25 % par trimestre manquant (dans la limite d’un plafond de trimestres de décote applicable). Ce taux réduit s’applique définitivement, à vie, sur l’ensemble de la pension.
Un point essentiel souvent mal compris : atteindre l’âge légal ne garantit pas automatiquement le taux plein. L’âge légal constitue un plancher permettant de demander la liquidation de sa retraite, mais seule la validation du nombre de trimestres requis (ou l’atteinte de l’âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans quelle que soit la durée de cotisation) garantit l’absence de décote.
Exemple chiffré : une personne née en 1964 peut désormais partir à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres requis. Si elle n’en a validé que 167 à cet âge, les trois trimestres manquants entraînent une décote de 3,75 % sur sa pension de base, appliquée à vie. En travaillant environ neuf mois supplémentaires pour valider ces trois trimestres manquants, elle supprime intégralement cette décote — un calcul individuel qui, selon la situation, peut faire varier significativement le gain mensuel net perçu sur le long terme par rapport à un départ anticipé avec décote.
La surcote : travailler au-delà du taux plein
À l’inverse, un assuré ayant déjà atteint le taux plein (âge légal et trimestres requis) et qui choisit de continuer à travailler bénéficie d’une surcote de +1,25 % par trimestre supplémentaire travaillé, jusqu’à l’âge de 70 ans. Ce mécanisme reste pleinement en vigueur en 2026, sans modification liée à la suspension partielle de la réforme.
Exemple complet de calcul de pension
Exemple théorique simplifié à visée pédagogique, hors régimes complémentaires, à ajuster selon la carrière réelle et les règles applicables à la date de départ effective.
Situation : un assuré né en 1964, salaire annuel moyen (SAM) sur les 25 meilleures années de 32 000 €, atteint l’âge légal ajusté de 62 ans et 9 mois avec 168 trimestres validés sur 170 requis.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Trimestres validés | 168 |
| Trimestres requis | 170 |
| Trimestres manquants | 2 |
| Décote applicable | 2 × 1,25 % = 2,5 % |
| Taux appliqué | 50 % − 2,5 % = 47,5 % |
| SAM | 32 000 € |
| Pension annuelle de base estimée | 32 000 € × 47,5 % × (168/170) ≈ 15 023 € |
| Pension mensuelle de base estimée | ≈ 1 252 € |
Si cet assuré avait attendu de valider ses 170 trimestres (soit environ six mois supplémentaires de cotisation), sa pension de base aurait atteint le taux plein de 50 %, sans réduction du ratio de durée d’assurance, soit une pension annuelle de base d’environ 16 000 €, un écart de près de 1 000 € par an, à vie, pour six mois de travail supplémentaires seulement.
La retraite anticipée pour carrière longue
Le principe
Indépendamment de l’âge légal général, le dispositif de carrière longue permet à certains assurés ayant commencé à travailler jeunes de partir avant l’âge légal, selon leur âge de début d’activité :
| Âge de début d’activité | Âge de départ anticipé possible |
|---|---|
| Avant 16 ans | Dès 58 ans |
| Avant 18 ans | Dès 60 ans |
| Avant 20 ans | Dès 62 ans |
Dans chaque cas, un nombre suffisant de trimestres cotisés (et non seulement validés) reste exigé, dont une partie doit avoir été validée avant un âge dit “pivot”, propre à chaque palier du dispositif.
La nouveauté 2026 : les trimestres pour enfants désormais comptabilisés
L’une des évolutions notables entrées en vigueur à compter du 1er septembre 2026 concerne l’intégration des trimestres liés à la naissance, à l’adoption et à l’éducation des enfants dans le calcul de l’éligibilité à la carrière longue — un point auparavant exclu de ce calcul spécifique, ce qui pénalisait en particulier les mères de famille ayant interrompu leur activité professionnelle pour des congés liés à la parentalité.
Le plafond applicable : jusqu’à deux trimestres au maximum peuvent désormais être pris en compte à ce titre pour l’éligibilité à la carrière longue, par assuré, quel que soit le nombre d’enfants — ce plafond de deux trimestres ne varie donc pas selon que l’assuré a eu un, deux ou plusieurs enfants.
Les mesures familiales complémentaires à partir du 1er septembre 2026
Au-delà de la seule carrière longue, plusieurs ajustements concernent spécifiquement les droits familiaux :
- Un congé supplémentaire de naissance est désormais pris en compte dans le calcul global de la retraite
- Les femmes fonctionnaires ou militaires ayant accouché après leur recrutement (et après le 1er janvier 2004) bénéficient d’un trimestre de bonification par enfant, en plus de deux trimestres de majoration de durée d’assurance
La revalorisation des pensions au 1er janvier 2026
Une revalorisation confirmée, contrairement à un gel initialement envisagé
Une proposition de gel des pensions avait été évoquée dans les débats préparatoires au budget 2026, mais elle n’a finalement pas été retenue : une revalorisation a bien été appliquée au 1er janvier 2026.
| Type de pension | Revalorisation au 1er janvier 2026 |
|---|---|
| Pension de base (régime général) | +2,2 % |
| Retraite complémentaire AGIRC-ARRCO | +1,6 % |
Cette revalorisation, bien qu’inférieure à certaines années de forte inflation, contribue à préserver partiellement le pouvoir d’achat des retraités face à la hausse générale des prix.
Les régimes qui restent inchangés par cette suspension
Les dispositifs de départ pour pénibilité, handicap et inaptitude
La suspension partielle de la réforme ne modifie en rien les règles applicables aux départs pour pénibilité, handicap ou inaptitude. Le compte professionnel de prévention (C2P) et les dispositifs spécifiques aux travailleurs en situation de handicap continuent de fonctionner selon les règles antérieures, indépendamment de l’âge légal général applicable au reste de la population active.
Le cas des fonctionnaires
Les fonctionnaires, civils comme militaires, restent également concernés par le report de l’âge légal et l’allongement de la durée d’assurance, selon des règles spécifiques propres à chaque corps de la fonction publique. La retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) a par ailleurs fait l’objet de plusieurs revalorisations depuis 2023, contribuant à une légère hausse de la pension globale perçue par les agents concernés ayant acquis des droits sur ce dispositif complémentaire.
Le cumul emploi-retraite
Des ajustements spécifiques concernant le cumul emploi-retraite doivent également entrer en application à compter du 1er janvier 2027 — un calendrier distinct de celui applicable aux mesures d’âge légal et de trimestres entrées en vigueur au 1er septembre 2026, qu’il convient de ne pas confondre.
Un calendrier qui reste incertain au-delà de 2027
Le principe d’une suspension, pas d’un abandon définitif
À moins qu’une nouvelle loi ne vienne prolonger cette suspension, le calendrier initial de relèvement progressif de l’âge légal, tel que défini par la réforme de 2023, reprendra son cours à partir du 1er janvier 2027 pour les générations non concernées par l’ajustement 2026 (soit les générations nées à partir de 1969, pour lesquelles la cible de 64 ans demeure d’actualité sans changement).
Ce point d’incertitude mérite d’être suivi attentivement par toute personne construisant une projection de départ à moyen terme : la situation réglementaire applicable aux retraites reste susceptible d’évoluer d’ici l’échéance effective de départ pour les générations les plus jeunes, en fonction des arbitrages budgétaires et politiques des années à venir.
Tableau récapitulatif des principaux paramètres 2026
| Paramètre | Valeur 2026 |
|---|---|
| Âge légal (générations 1964-1968) | Ajusté à la baisse d’un trimestre par génération concernée |
| Âge légal cible (génération 1969 et après) | 64 ans, inchangé |
| Âge du taux plein automatique, sans condition de trimestres | 67 ans |
| Durée d’assurance requise (génération 1964) | 170 trimestres (au lieu de 171) |
| Décote par trimestre manquant | 1,25 % |
| Surcote par trimestre supplémentaire au-delà du taux plein | +1,25 % |
| Revalorisation pension de base au 1er janvier 2026 | +2,2 % |
| Revalorisation AGIRC-ARRCO au 1er janvier 2026 | +1,6 % |
| Trimestres pour enfants comptabilisés en carrière longue | Jusqu’à 2, par assuré |
Erreurs fréquentes
- Croire que la réforme de 2023 a été annulée, alors qu’elle est seulement ralentie pour les générations 1964 à 1968, la cible de 64 ans restant d’actualité au-delà
- Penser qu’atteindre l’âge légal garantit automatiquement une pension à taux plein, sans vérifier le nombre de trimestres réellement validés
- Ne pas anticiper le délai de dépôt d’une demande de liquidation, généralement recommandé entre 4 et 6 mois avant la date de départ envisagée
- Oublier de vérifier si sa pension prend effet avant ou après le 1er septembre 2026, cette date déterminant l’application ou non des nouvelles règles ajustées
- Sous-estimer l’impact cumulé d’une décote appliquée à vie, en comparaison du gain relativement modeste que représentent quelques mois de cotisation supplémentaires pour l’éviter
- Ignorer les trimestres pour enfants nouvellement intégrés au calcul de la carrière longue, dans la limite du plafond de deux trimestres par assuré
Mythes et réalités
“La réforme des retraites de 2023 a été supprimée en 2026.” Faux : elle est suspendue partiellement, pour quatre générations seulement (1964 à 1968), la cible de 64 ans restant pleinement d’actualité pour les générations suivantes.
“Tout le monde bénéficie du gel de l’âge légal en 2026.” Faux : seules les générations nées entre 1964 et 1968 sont concernées par cet ajustement ; les générations nées à partir de 1969 suivent le calendrier initial de la réforme de 2023.
“Une pension déjà liquidée avant septembre 2026 va être recalculée avec les nouvelles règles.” Faux : les mesures ne s’appliquent qu’aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, sans rétroactivité pour les retraites déjà en cours.
“Le nombre de trimestres pour enfants comptabilisés dans la carrière longue augmente avec le nombre d’enfants.” Faux : le plafond de deux trimestres s’applique par assuré, indépendamment du nombre d’enfants.
Étapes pour anticiper son départ à la retraite
- Identifier sa génération de naissance et vérifier si elle est concernée par l’ajustement 2026 (générations 1964 à 1968)
- Consulter son relevé de carrière pour connaître précisément le nombre de trimestres déjà validés
- Comparer ce nombre à la durée d’assurance requise pour sa génération, actualisée selon les nouvelles règles
- Simuler l’impact d’une décote éventuelle, en comparant le gain d’un départ anticipé au coût d’une décote appliquée à vie
- Vérifier son éligibilité à la carrière longue, en intégrant le cas échéant les trimestres pour enfants nouvellement comptabilisés
- Déposer sa demande de liquidation entre 4 et 6 mois avant la date de départ envisagée, pour éviter tout retard de versement
- Suivre l’actualité réglementaire pour les générations nées à partir de 1969, le calendrier de la réforme initiale devant reprendre son cours en 2027, sauf nouvelle évolution législative




